Il est 6h30. Je me lève et j’enfile mon survêtement fétiche de même qu’un pull moere dont le col monte jusqu’aux oreilles. Je descends pour préparer le thé de ma femme et mon café. Comme un automate, je desserre le percolateur de ma cafetière, enlève la coupelle de café afin de la vider, la nettoie rapidement sous le robinet et la sèche avec le torchon accroché au mur. Je mets en chauffe le moteur de mon expresso, rempli la coupelle de café frais et réinstalle le percolateur à son emplacement. Aujourd’hui, j’essaye une nouvelle mouture. J’espère ne pas être déçu. Après moins d’une minute, la petite lumière rouge m’avertit que l’eau est chaude et qu’il et temps de faire couler mon breuvage préféré. De couleur noire ambrée, une mousse onctueuse, je ne devrai pas être contrarié par ma nouvelle expérience. Je prends ensuite une grande tasse dans le placard, la remplie d’eau et l’installe dans le micro-onde pour 1 minute et trente secondes. Les bips répétitif me prévienne que l’eau est suffisamment chaude pour infuser le thé. Marie, ma femme, fait sa toilette dans la salle de bain du premier pendant que Christopher, mon plus grand fils, se prépare pour aller au collège. Dehors, la nuit combat pour garder son enveloppe immatérielle et le vent se déchaîne, lançant des bourrasques à plus de 100 Km/h. Le petit dort toujours. Marie me rejoint pour prendre son petit déjeuné. Les finances sont au plus bas et la conversation tourne toujours sur les solutions à trouver pour limiter les poursuites des créanciers. Ma situation professionnelle n’est pas reluisante depuis que j’ai arrêté mon activité en tant que consultant. A mon compte depuis 12 ans, je n’ai pas réussi à pérenniser mon activité et suis contraint de constater qu’aujourd’hui, mes dettes dépassent largement mes revenus. Afin de stopper l’hémorragie, j’ai décidé d’abdiquer et de fermer mon entreprise. Vendredi, nous devons sortir en discothèque pour fêter l’anniversaire de ses 40 ans, et les comptes nous informent que les excès ne feront pas partie de la soirée. Il est bientôt 7h00 et elle se prépare à partir. Afin de compléter nos maigres ressources, elle fait des ménages et des retouches de couture pour différant particuliers. Christopher s’est fait griller des tartines, et comme tous les matins, après avoir sommairement révisé ses cours, il regarde les dessins animés sur le satellite jusqu'à 7h30. Un bisou et c’est le départ. Marie met son manteau et se rend à la voiture. Le vent souffle et donne à ces cheveux le mouvement de vagues en furie. J’ouvre les volets de la salle à manger et lui envoi un baisé par la fenêtre. Je débarrasse la table de la cuisine et nettoie rapidement la nappe. Christopher enfile son blouson, vient m’embrasse et se rend à l’arrêt de bus qui le prendra à 7H40. Je monte à l’étage pour réveiller Mickaël. Emmitouflé dans sa couette, il dort encore profondément. J’ai toujours un moment d’hésitation avant de l'arracher aux aventures qu’il vit dans ses rêves. J’allume la lumière et l’embrasse sur le front. Le petit bonhomme s’étire, les yeux toujours fermés, et d’une voie encore encombrée par le sommeil, me demande un biberon au chocolat. Malgré ses sept ans, et après de multiples conversations sur la suppression de cette habitude, nous nous sommes résigné à continuer de lui offrir ce plaisir. Je lui prépare quelques biscottes beurrées et lui donne les vêtements que sa mère lui a préparés. Il se rend au salon et comme son grand frère, il s’installe devant les dessins animés. Je profite de cette pause pour moi-même aller faire ma toilette. 8H15, je demande à Michaël de mettre ses chaussures et de se couvrir avec la grosse moumoute bleue qui le protègera du vent violent. Je prends mes clés de voiture et me dirige vers la porte. Chéri, n’oublie pas ton cartable. Je le dépose à l’école et m’arrête à la boulangerie pour prendre deux baguettes. Je suis chez moi, partie pour une nouvelle journée, tout seul.
Au regard de la société, je suis marginalisé par ma situation de chômeur. Pourtant, cette condition que je vie depuis six mois a ces avantages. Toujours bousculé par la rigueur des événements, je me suis rarement senti disposé à analyser mon vécu et mon environnement. Aujourd’hui, le hasard du destin a voulu que je détienne le saint Graal de notre société, le temps. Alors, après avoir rempli mes obligations de père au foyer, je m’octroi le droit d’analyser et de juger le cheminement de notre société vers le mur de la futilité. Je pense que l’on peut résumer le monde actuel en deux mots : Le jeu. « The Game » pour les anglicistes.
Le jeu du pouvoir ou comment assouvir son ego sur une planète aux merveilles. Constat amer mais au combien réaliste de la défaite d’une entité pourvue du don de la création. Depuis un peu plus de 200 ans, l’être humain s’est montré sans conteste le plus grand ennemis de notre devenir. Depuis toujours, la guerre et les conflits ont régulé l’ambition parfois démesurée des dirigeants. Ces outils ont souvent permis de faire émerger de nouvelles têtes pensantes attirées par le pouvoir. C’est le cas pour ces dernières années de personnes tel que De Gaules, Eisenhower, Staline, Mao, Khomeyni, Sharon, Bush…
Athée religieux et politique, je suis un spectateur incrédule des tergiversations des hommes de pouvoir. Sans entrer dans la mièvrerie d’un langage contestataire et irresponsable, je dois admettre que la fourberie des personnes qui nous gouvernent est incommensurable. Le pouvoir politique et le pouvoir religieux ont souvent fais bon ménage. Le cheminement pour atteindre la cime des sphères dirigeante est souvent identique. Entrant souvent par conviction dans un mouvement d’idées, l’espoir de domination prend petit à petit la place de l’assimilation. De nos jours, un troisième acteur est entré dans le jeu de la manipulation. L’entreprise avec un grand E est devenu un élément mondialement incontournable pour accéder aux postes décisionnaires. Ce présentant en tant que grand régulateur de l’économie de marché elle oriente durablement notre quotidien. Les hommes politiques, malgré l’ambition de marquer leur passage dans la vie publique par une démonstration de leur vision sociale de leur mandat, rencontre l’agréable nécessité de satisfaire les désires des grands patrons. Cette contrainte devient vite une solution facilitant le financement des parties et le confort de disposer de ressource pour ses propres loisirs.
Le téléphone sonne. Mon père à un problème avec son imprimante. Il faut vous dire que je suis informaticien. Après une explication confuse de la panne qu’il rencontre, je lui fais exécuter quelques opérations qui réactivent celle-ci. Tout en discutant de chose et d’autres, je me vois penser à la chance qu’il a eu de vivre une époque en plaine restructuration. Nostalgique médiatique du temps jadis, je me surprends à comparer nos deux époques.
1945. La France est sur les genoux. Tout est à reconstruire et les travailleurs sont en nombre insuffisant pour rebâtir nos villes et nos campagnes. Le gouvernement ouvre les frontières pour attirer une main d’œuvre bon marché venant du Magrèbe, d’Afrique noire et des pays européens économiquement faible.
Les erreurs commencent. Afin de mieux contrôler ce flux migratoire, une idée sans pareille germe dans la tête de nos dirigeants. Pour avoir un œil sur tous ces étrangers, regroupons lés dans des quartiers en périphérie des villes, à l’intérieur de gigantesques barres de logement. Les premiers ghettos fleurissent de manière désordonnée sur l’ensemble du territoire. La carte de séjour est établie sur une durée de dix ans. Suffisant pour participer à la reconstruction et pourvoir les renvoyés quand le travail sera terminé. Au par avant, on pouvait distinguer en France trois couches sociales. Les riches, les aisés, les pauvres. Ces admirables penseurs que sont les hommes de l’Enna créent une quatrième classe de français : les parias. Le mot intégration pour cette époque ne s’appliquait qu’aux animaux en vois de disparition. La politique de la ville n’existe pas encore, et l’organisation de notre pays est entre les mains de gens incompétents qui ne prenne pas le temps de consulter des professionnels pour orienter leur décision. Le chômage est encore une situation méconnue et marginalisée par les ouvriers. Les révolutions sont légions et démontrent un monde en pleine mutation. Les sciences, l’art, la culture, le sexe, les loisirs sont des combats quotidiens qui prépare la société d’aujourd’hui. Nous sommes les héritiers de deux révoltes que furent le soulèvement de 1789 et de la deuxième guerre mondiale. Ces bouleversements sont synonymes de malheurs et d’une incroyable joie de vivre. Les extrêmes ce rencontre. La liberté d’après guerre est sans commune mesure, et nous pouvons difficilement nous représenter le plaisir que goûtaient les Français de l’époque. Les interdits était là pour être bravé, les intellectuelles pouvaient laisser libre cours à leur pensé, la jeunesse découvrait les joies de la fête et de la révolte. Notre société n’était pas encore cloisonnée et pouvait nourrir de grands espoirs pour son avenir.
Mon père est dépanné. Je l’embrasse et raccroche le téléphone. Depuis six mois que je cherche du travail, je remplis le rôle de la mère auprès de mes enfants et je commence à apprécier ma situation de père au foyer. Après avoir rempli les quelques tâches ménagères qui m’incombent, je m’installe sur mon ordinateur. Passionné de lecture, le désire se développe en moi d’écrire et de retranscrire mes pensées pour la postérité dans le sens filiale du terme. Je mets en place plusieurs projets et décide de les coucher sur le papier...